EST Républicain du 25 janvier 2016 Apnée2

Apnée : un Bisontin bat un record de France à Belfort

2016 01 26 double champions de france

Hélène Gass (Strasbourg) et Kévin Ollivo (Besançon), double champions de France hier à Belfort. Photo Christine DUMAS

Belfort. Masque sur le visage, Kévin Ollivo se concentre. Coupé du monde extérieur. Immergé dans sa bulle, indifférent à la musique rythmée qui inonde la piscine Pannoux de Belfort. 17 h. Le départ de la compétition est donné. Depuis septembre, il ne s’entraîne que pour ça. Pour battre le record de France sur un sprint en apnée. Seize fois 25 mètres à parcourir, seize longeurs de bassin, d’une traite, sans prendre son souffle et le plus vite possible. Nager vite sans respirer, l’antinomie de l’apnée, qui vise à retenir sa respiration longtemps en s’économisant. « Il faut faire le plus possible avec le moins d’air possible », résume Kévin. « On apprend à habituer son corps à se priver d’oxygène, mais là, je sais que je ne vais rester que 10 à 12 secondes sans respirer. » Le temps de faire une longueur. Kévin est un sprinter des bassins.

Le top a peine donné, il s’élance, bras tendus, ondulant comme un dauphin, avec sa monopalme. Au bout de la ligne d’eau, à peine le temps de prendre deux inspirations rapides. Déjà reparti. Rapidement, il distance les autres concurrents. Enchaîne ses longeurs sans perdre la cadence. Et décroche le sésame qu’il était venu chercher. 4’26’’73, 18 secondes de moins que le précédent record. Un score qu’il accueille sans euphorie. « Je sais que certains nageurs peuvent faire encore mieux, même si leurs performances n’ont pas été homologuées. » Originaire de la région parisienne, Kévin, 22 ans, a rejoint Besançon à la rentrée pour préparer sa licence pro environnement à la fac de sciences. Licencié au Buc (Besançon université club), il enchaîne quatre heures hebdomadaires de nage avec palme.

« Mal aux jambes, aux bras et à la tête »

« Je tiens à remercier ma copine, Gwen, pour sa patience et mon club pour son soutien. »

Le sprint en apnée nécessite « un effort intense et court » qui malmène le corps. « Sur les 100 premiers mètres, je souffre des bras et jambes. Deux minutes après l’effort, j’ai mal à la tête et ça dure deux heures. Mais le plaisir, c’est de se dépasser soi-même. »

Le bisontin d’adoption vise la coupe de France à Besançon les 19 et 20 mars et le championnat national en mai à Chartres. Pour se confronter au 16X50 m. Deux longueurs d’affilée cette fois sans respirer. « La vitesse de nage, le temps de récupération et la gestion de l’effort sont complètement différents. »

Le 16X50, c’est aussi ce qu’Hélène Gass, licenciée à l’Acal Strasbourg envisage. Avec 5’29’’68, elle pulvérise de 15 secondes, elle aussi, le record 16X25 en féminine. À 23 ans, cette étudiante en 2e année de master bio-informatique était très aussi « stressée » que « motivée ». « Je me suis fait très mal à la cheville le matin, en butant à la piscine, mais j’ai pu dominer la douleur. D’autant que je suis venue spécialement pour tenter de battre le record. »

« L’an dernier, lors des mondiaux d’apnée à Mulhouse, le 16X50 m ne s’est pas passé comme prévu. J’ai eu du mal à me remettre psychologiquement. Là, j’ai repris confiance en moi. »

Les deux champions de France du grand Est ont réussi un véritable exploit sportif. Mais leur titre, ils le doivent aussi et d’abord au mental. Hier, ils ont offert au public belfortain une course à couper le souffle. Et un doublé exceptionnel.

Isabelle PETITLAURENT

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